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22 oct. 2021

Synthèse et replay [BIO-M] : L'Helicobacter Pylori et tests de dépistage en 2021 Spécial

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Trop souvent minorée, cette infection extrêmement répandue peut avoir des effets dévastateurs, comme l’a rappelé le Docteur Frédéric Heluwaert, hépato-gastroentérologue au Centre hospitalier (CH) Annecy Genevois lors de l’émission Bio-M du SDB.

Une pathologie fréquente

L’infection à Helicobacter Pylori est fréquente puisque l’on estime que 45 % de la population mondiale serait touchée par cette bactérie. La prévalence est plus faible en France comparée à celle de pays d’Asie, d’Afrique ou d’Amérique du sud. Dans l’Hexagone, elle est évaluée de 15 à 30 % avec, toutefois, une disparité importante selon le type de population - elle est plus importante pour les populations asiatique et africaine - mais également en fonction de l’âge. Ainsi est-elle inférieure à 5 % chez l’enfant et supérieure à 50 % chez les plus de 60 ans.

Un risque de cancer de l’estomac ou d’ulcère

« Cette infection est problématique dans la mesure où elle induit des lésions essentiellement dans l’estomac et dans le duodénum », avertit le Docteur Frédéric Heluwaert. Dans la majorité des cas, ses effets se limitent à une inflammation de l’estomac (gastrite) car il s’agit d’une bactérie pathogène qui, le plus souvent, est donc asymptomatique.

En revanche, dans 15 à 20 % des cas, ces gastrites induisent des lésions prénéoplasiques - atrophie gastrique, voire métaplasie intestinale - susceptibles, à terme, d’évoluer en cancer de l’estomac. De fait, 1 % des porteurs de l’infection développent un cancer de l’estomac. Inversement, 80 % de ces cancers sont liés à la présence d’une infection à Helicobacter Pylori. Laquelle est la première cause de cancer d’origine infectieuse dans le monde.

Par ailleurs, 10 % des personnes atteintes seront, dans les années suivantes, sujettes à une autre pathologie potentiellement très grave, l’ulcère gastrique ou duodénal doublé de complications (perforation ou hémorragies).

Ce qui explique que le parcours de soins inhérent à la prise en charge de cette infection soit assez complexe. Cependant, le patient peut en gérer l’essentiel avec le concours de son médecin traitant, du pharmacien et du biologiste.

Un dépistage orienté et ciblé

« Malgré sa fréquence, il n’existe pas, en France, un dépistage de masse mais simplement orienté et ciblé », précise le Docteur Heluwaert. Ainsi, en cas d’endoscopie, une biopsie dans l’estomac est systématique pour rechercher la présence de la bactérie. Idem en cas d’antécédent ou de découverte d’ulcère, d’un cancer d’estomac ou de lésions prénéoplasiques.

De même, la recherche d’une infection à Helicobacter Pylori est-elle prescrite en cas de prise au long cours d’un Inhibiteur de la pompe à protons (IPP), de carence de vitamine B12 ou en fer ou encore, avant toute chirurgie d’exclusion d’une partie de l’estomac.

Les tests de diagnostic

Il comprend trois types de tests :

  • Le test d’orientation sous forme de sérologie des anticorps anti-Helicobacter Pylori. Ce test n’a qu’une valeur d’orientation parce qu’il précise seulement si la personne a été un jour en contact avec la bactérie, ce qui ne signifie pas qu’elle soit toujours présente dans l’organisme. En revanche, cette sérologie a l’avantage de pouvoir être effectuée indépendamment de la prise d’antibiotiques et/ou d’IPP.
  • Les tests diagnostiques qui mettent en évidence la présence de la bactérie. Eux sont dépendants de la prise d’antibiotiques et d’IPP Si celle-ci est toujours d’actualité au moment où le test est réalisé, cela peut induire des faux négatifs.
    Ces tests sont de trois sortes :
  • le premier et le plus usité est le test respiratoire à l’urée ;
  • le deuxième est le prélèvement via une biopsie gastrique et est donc l’apanage du gastroentérologue ;
  • le troisième est la recherche d’antigènes d’Helicobacter Pylori dans les selles mais cette technique est peu employée.
  • Les tests diagnostiques qui guident le traitement en ayant connaissance des sensibilités des souches et de leur degré de résistance à certains antibiotiques (clarithromycine, lévofloxacine, rifabutine, tétracycline). Pour cela, le gastroentérologue se met en lien avec le bactériologiste. Dans certains centres, il est, de surcroît, possible de réaliser une PCR sur une biopsie gastrique, laquelle permettra de savoir si la bactérie est résistante ou sensible à la

Le traitement

Il est basé sur les recommandations de la HAS ou du Groupe d’études français des helicobacter (GEFH). Le principe consiste à administrer un traitement antibiotique orienté par les données de la culture et de l’antibiogramme afin non pas de diminuer la durée du traitement mais d’utiliser le moins d’antibiotiques possible.

Il s’agit le plus souvent de traitements probabilistes qui associent quatre molécules :

  • soit une quadrithérapie à base de bismuth, de tétracycline, de métronidazole et d’un inhibiteur de la pompe à protons (oméprazole) ;
  • soit une quadrithérapie concomitante à base d’amoxicilline, de clarithromycine, de métronidazole et d’un inhibiteur de la pompe à protons.

L’un et l’autre éradiquent la bactérie dans plus de 90 % des cas. L’existence de 10 % d’échecs, insiste le Docteur Frédéric Heluwaert, « nécessite de contrôler systématiquement l’éradication » pour s’assurer que celle-ci est bel et bien effective.

Dans cette optique, le test sérologique est exclu parce qu’il ne permet pas de dire si la bactérie est toujours présente ou pas. Quant à la détection d’antigènes dans les selles, elle est possible mais, en pratique, très rarement privilégiée. Dans ces conditions, le test de référence demeure le test respiratoire à l’urée dans les conditions requises. En clair, le patient doit être à jeun et ne plus prendre d’antibiotiques depuis quatre semaines ni d’IPP depuis deux semaines. En effet, s’il est sous IPP, le taux de fiabilité du test baisse à 70 %.

Le suivi de l’infection

« Une fois que la bactérie est éliminée et que le test respiratoire est négatif, la réingestion de l’infection est exceptionnelle à l’âge adulte. Il n’y a donc pas de nécessité d’un suivi microbiologique puisque l’éradication doit être considérée comme définitive, justifie Frédéric Heluwaert. Cependant, si l’on est entré dans une séquence d’apparition de lésions prénéoplasiques, une surveillance endoscopique est nécessaire pour s’assurer de l’absence de survenue d’un cancer de l’estomac. »

A noter que quand on élimine la bactérie, on élimine du même coup la récidive d’ulcère. De même, plus l’éradication a lieu à un stade précoce, c’est-à-dire avant l’apparition de lésions, plus on évite le risque de cancer de l’estomac.

 

Revoir l’émission BIO-M#6 de septembre 2021

Avec le soutien des Laboratoires Mayoly Spindler

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Dernière modification le vendredi, 22 octobre 2021